—Non, il ne l'a pas vue, heureusement, mais il s'en est fallu de peu. Elle a eu un bon pressentiment, en me priant de la conduire ce matin; car je ne comptais la faire partir que ce soir. Le portier m'a dit, à mon retour, qu'il était venu un homme lui faire un tas de questions. Il me l'a montré. Tiens, c'est celui qui est là encore devant la maison.
Je regardai, et je reconnus G... Ma mère étant en lieu de sûreté, nous n'avions pas pour le moment à nous inquiéter de sa présence; cependant je passai une mauvaise nuit. Il me semblait voir G... sortir de tous les meubles, apparaître à l'angle de tous les murs.
Je me levai bien fatiguée! M. Mathieu partit à dix heures pour se rendre chez le commissaire, de police. Il trouva G... dans son cabinet, et passant devant lui sans le regarder, il s'adressa au commissaire de police:
—Voulez-vous, monsieur, avoir la bonté de me dire ce qu'on me veut? Je suis dans le commerce: j'ai soixante personnes, tant ouvriers qu'ouvrières, à surveiller; si chacun dans mon atelier perd une demi-heure, c'est trente heures de perdues pour moi.
—Je comprends cela. Voici ce que l'on vous reproche; le sieur G..., ici présent, vous accuse de cacher chez vous sa femme et sa fille. Il paraît que sa femme a une mauvaise conduite; aussi n'est-ce pas elle qu'il regrette; mais il veut reprendre sa fille. Qu'avez-vous à dire?
Mathieu regarda G... du haut en bas; puis, se tournant vers le commissaire:
—Vous me connaissez, dit-il, et j'espère que c'est sous de bons rapports; je vous donne ma parole d'honnête homme que monsieur est un misérable, qui bat cette malheureuse femme et ce malheureux enfant. C'est un mange-tout, un fainéant; il ne veut retrouver sa femme que pour la maltraiter et lui prendre ce qu'elle a pu gagner depuis qu'elle l'a quitté. Hier, quand elle a su que vous m'aviez écrit, se doutant bien que c'était à cause de lui, elle s'est sauvée en me laissant l'acte de naissance de sa fille; le voici. Vous pouvez voir qu'il vous trompe, et que cette enfant n'est pas à lui. Il n'est que son beau-père. Quant à sa femme, c'est la plus laborieuse des femmes, rangée, économe, digne d'intérêt sous tous les rapports. Mme Mathieu dit qu'elle ne connaît pas d'ouvrière plus adroite.
—Eh bien, monsieur, dit le commissaire de police en regardant G..., qu'avez-vous à répondre?
G... ne se déconcerta pas.
—J'ai à répondre que cet homme est l'amant de ma femme; voilà pourquoi il en dit tant de bien. S'il a eu l'adresse de vous parler de sa femme à lui, c'est pour détruire vos soupçons.