Il faisait presque nuit. Arrivée au premier étage, mon pied glissa sur quelque chose de gras et je tombai tout de mon long. Je me relevai et nous descendîmes quelques marches jusqu'à un endroit plus clair. Ma mère jeta un grand cri: j'étais couverte d'un sang noir, caillé. On avait tué le locataire du premier étage. Le sang avait coulé sous la porte. C'est dans cette mare que j'étais tombée! Un groupe d'hommes armés gardait la porte.

Ma mère s'en approcha résolûment.

—Messieurs, dit-elle, il faut que je sorte de cette maison; je voudrais me réfugier chez des amis. Une femme et un enfant ne peuvent assister à un pareil spectacle. Il n'y a plus personne dans cette maison. Voyez, la mort a déteint sur cette innocente. Et elle montra ma robe ensanglantée.

—Allez-vous loin? dit une voix rauque.

—Non, à cent pas d'ici.

—On vous conduira un bout de chemin. «Allez-y, vous autres!» Et il se tourna vers deux de ses camarades, qui étaient assis sur de la paille.

Nous marchâmes tous quatre sans dire un mot.

Arrivés à quelque distance d'un campement militaire, les deux hommes s'arrêtèrent.

—Je ne vais pas plus loin, dit l'un d'eux; nous n'avons pas envie de nous fourrer dans la gueule du loup.

—Merci, dit ma mère, vous pouvez nous quitter.