Ils tournèrent les talons sans nous regarder. Ma mère s'adressa à un chef qui nous donna deux soldats pour nous accompagner, escorte qui nous plaisait mieux et nous rassurait davantage.

A la porte de Mathieu, ma mère remercia ses gardes.

On était en train de dîner. Tout le monde jeta un même cri en nous voyant entrer. Ma mère raconta tout ce qui s'était passé.

Du côté de la ville habité par Mathieu, on n'avait rien entendu. On savait qu'on se battait ailleurs, mais le bruit de la fusillade n'était pas parvenu dans ce quartier.

Les journées qui suivirent furent sanglantes, mais nous eûmes le bonheur de ne plus être témoins de la lutte.

Le calme était rétabli depuis quelque temps déjà, lorsque nous reçûmes une lettre de la mairie, contenant une invitation pour ma mère de se rendre dans les bureaux le lendemain. Cette lettre l'intriguait beaucoup.

—Que peut-on me vouloir? répétait-elle à chaque instant.

Ma curiosité n'était pas moins excitée. J'aurais bien voulu aller avec elle, mais elle refusa positivement de m'emmener.

Elle revint toute haletante au bout d'une demi-heure.

—Qu'avez-vous donc? lui demanda M. Mathieu; vous êtes affreusement pâle: on dirait que vous avez couru.