Cependant, mon grand-père avait une certaine préférence pour son fils, et, sauf à se disputer avec sa femme, il lui faisait meilleur accueil qu'à ses sœurs, et lui donnait, même en cachette, quelques cadeaux.

C'était un cerveau faible, que la peinture acheva.

Un jour qu'on n'avait pas voulu lui donner d'argent, il revint avec deux pistolets, et dit à son père et à sa belle-mère:

—Je veux de l'argent; il y en a là. Ouvrez ce secrétaire, ou je vous brûle la cervelle.

On lui donna tout ce que le meuble contenait, jusqu'à l'argenterie. Au milieu de l'escalier, il riait comme un fou, en criant:

—Je me suis moqué de vous, les pistolets n'étaient pas chargés.

Il quitta la France, et on ne le revit plus pendant plusieurs années.

Ma mère apprit son état et s'établit, sans rien demander à son père. Elle ne pouvait lui pardonner le mal qu'il avait fait à sa mère. Je crois qu'en douze ans, elle ne l'avait vu que deux fois. Elle m'y envoyait au jour de l'an.

Mon caractère s'est dessiné de bonne heure. J'aimais avec passion, ou je détestais avec rage; il n'y a jamais eu de milieu. J'adorais ma mère, mais je pleurais quand il fallait aller voir mon grand-père. L'idée de les embrasser m'empêchait de dormir.

J'étais encore sous cette impression, quand nous descendîmes chez lui, à notre arrivée de Lyon. Nous arrivâmes, à dix heures du soir, rue de Bercy-Saint-Jean, n^o 8. C'était plutôt une arcade qu'une rue.