La belle-mère fit un saut sur sa chaise et dit de sa voix nasillarde:
—Nous n'avons pas une chambre vacante; ça se trouve bien mal.
—C'est vrai, dit mon grand-père; nous te ferons un lit par terre.
Ma mère raconta tout ce qui nous était arrivé. La belle-mère faisait semblant de dormir, et comme maman dit à son père: «J'ai bien autre chose à vous conter, quand nous serons seuls,» elle fit comme si elle se réveillait et dit de son air le plus caressant:
—Bonsoir, je vais me coucher.
Elle passa dans la chambre à côté, ayant bien soin de laisser la porte ouverte. Mon grand-père se leva et alla la fermer, et revenant à sa place, il dit à ma mère:
—Eh bien, ma fille, que comptes-tu faire?
—Mais, mon père, ce que j'ai toujours fait; travailler, quand je serai casée. Demain je chercherai un logement. Si vous voulez me le meubler, je vous payerai le plus tôt possible.
—Certainement, je te donnerai ce dont tu as besoin; mais, pour avoir la paix, il ne faut pas qu'elle s'en doute.
Et il regardait la porte, à travers laquelle il avait sans doute peur qu'on n'écoutât, car il reprit plus bas: