—As-tu de l'argent?

—Non, ma fille payant place entière, le voyage est long et mes ressources sont épuisées.

Il tira plusieurs clefs de sa poche, ouvrit un meuble tout doucement, prit un sac et le remit à ma mère.

—Tiens, mets ceci dans ta malle. Il y a cent écus, cela t'aidera. Mais pas un mot devant elle!...

Le lendemain, ma mère passa la journée dehors. Elle avait trouvé un logement au coin du faubourg du Temple et du canal; elle l'avait arrêté. Il était vacant; le lendemain nous emménageâmes.

Quelques jours après, ma mère alla chez des fabricants de sa connaissance, qui lui confièrent assez d'ouvrage pour occuper des ouvrières.

Je travaillais avec elle. Le dimanche, nous allions nous promener à la campagne, ou bien elle me conduisait au spectacle. Ma mère ne serait pas allée au bout de la rue sans moi.

Jamais personne autre ne m'avait aimée. Je n'avais pas d'amies, comme les autres enfants. Les scènes que j'avais vues m'avaient laissé un fonds de tristesse.

J'avais huit ans et demi. J'étais grande, mince, pâle; on me donnait douze ans. J'étais jalouse de tout ce que ma mère avait l'air d'aimer un peu. Si elle était sortie sans moi, j'en aurais fait une maladie.

Il y avait au-dessus de nous un sculpteur qui chantait du matin au soir. C'était un homme qui paraissait avoir trente-cinq ans, blond, les cheveux courts, le front moyen, les yeux bleus, ni grands ni petits, doux, mais sans expression, le nez bien fait, les narines ouvertes, la figure ronde, la bouche presque petite, les lèvres fortes, les dents passables, les épaules larges, le col court; il avait environ cinq pieds trois ou quatre pouces. Il semblait très-frais de teint, autant qu'on pouvait en juger à travers le plâtre dont il était barbouillé. Il était gai comme un pinson rouge; tout le monde l'appelait le farceur.