Je faisais toutes les commissions de ma mère, et je le rencontrais presque toujours dans les escaliers.

Il riait avec moi; il avait l'air du meilleur garçon du monde.

Un jour il me dit:

—Ma petite fille, vous devriez dire à madame votre mère de vous laisser venir une heure à mon atelier pour me poser une tête.

Je lui dis que je ne savais pas ce que c'était que poser une tête, mais qu'il demandât à maman. Il ne se le fit pas dire deux fois. Il était chez nous que je n'avais pas fini de monter. Il s'était déjà expliqué, car ma mère lui répondait:

—Je veux bien.

Nous devînmes les meilleurs amis du monde. Il était toujours fourré chez nous. Il avait le don de se faire aimer de tous ceux qu'il voyait. Il n'était ni beau ni laid, mais il était bon au-delà de toute expression.

Pas grand esprit, beaucoup de bagout. Il avait un défaut: il était libertin. Quand une femme à son gré passait dans la rue, il la suivait une journée entière. Les bonnes, les ouvrières, les femmes de ses amis, les belles, les laides, les vieilles, les jeunes, il frappait à toutes les portes. Quand on lui parlait de cela, il disait:

—Quand on n'attache pas son chien, il a le droit de courir.

Il était de ces êtres qui vous ennuient quelquefois, mais qui vous deviennent indispensables.