—Rien, je regardais si tu dormais; je dois veiller sur toi en l'absence de ta mère. On te fait la cour. Sais-tu que tu es presque bonne à marier? Celui qui t'aura sera joliment heureux.

Puis il sortait en me regardant: ses yeux brillaient à éclairer ma chambre. Cela me faisait peur, sans que je susse pourquoi, et je me cachais dans mon lit, comme si ma couverture eût été un rempart.

Il reçut une lettre de ma mère. Il me dit que mon grand-père était très-mal, et que ma mère resterait encore une huitaine de jours.

Ce jour-là, je rentrai le soir tout en larmes. Je m'étais querellée avec Louise. J'avais été moins patiente que de coutume; je m'étais emportée. Son père lui donna raison. C'était injuste. Je demandai mon compte; on me le donna. J'étais sans place.

—Pourquoi te tourmentes-tu donc? me dit Vincent; est-ce que je ne suis pas là?... J'aurai soin de toi... je t'aime, quoique tu me détestes. Tout ce que j'aurai sera pour toi.

Et, me prenant dans ses bras, il m'embrassa plusieurs fois.—Puis, me serrant petit à petit, il m'approcha si près de lui, que je me sentis frémir. Son cœur battait fort. Je voulais m'échapper, il me retenait.

—Non, reste là: c'est quand on a de la peine que l'on connaît ceux qui vous aiment.

Son haleine me brûlait la figure; ses lèvres tremblaient.

Je ne répondis rien, mais je me sauvai dans ma chambre.

—Qu'as-tu donc? me dit-il.