—Rien, répondis-je, car je ne savais pas pourquoi je m'étais sauvée.

Il m'avait connue tout enfant; il avait gardé l'habitude de me parler comme à une petite fille.

Je revins honteuse, et je m'assis près de la croisée. Il vint s'asseoir près de moi.

—Tu m'en veux donc bien, que tu te sauves quand je t'approche! Tu es jalouse de moi à cause de ta mère. Tu as bien tort, car, sans toi, il y a longtemps que je ne la reverrais plus.

Je le regardai tout étonnée. Il me prit la main et continua:

—Je suis coureur, j'aime les femmes; mais jusqu'à ce jour j'ai été incapable d'aimer longtemps la même. Toi, je n'ai pu te quitter.

Il me regardait en face et me serrait la main. Je jetai les yeux autour de moi, comme pour chercher ma mère. Je ne sais pourquoi, mais j'aurais voulu qu'elle l'entendît.

—Vous vous trompez, lui répondis-je. Je n'ai jamais été jalouse de vous. Je vous déteste, parce que ma mère vous aime mieux que moi. Si vous êtes resté à cause de moi, vous avez eu bien tort, car mon désir est de vous voir partir, mon bonheur serait de ne vous revoir jamais.

Il parut interdit; je profitai de cela pour lui dire qu'il était tard, et j'entrai dans mon cabinet.

Comme il ne gardait pas de lumière, j'éteignis la mienne, et je me déshabillai à tâtons.