Je passai la journée du lendemain à la maison. Deux hommes vinrent demander Vincent pour dîner; ils laissèrent leurs noms.
Il rentra vers les trois heures; je lui remis ce qu'ils avaient écrit, et il partit les retrouver.
Je n'avais que deux robes. Je passai cette journée à raccommoder mes affaires. Il était dix heures du soir; je travaillais encore. J'avais ôté la robe qui était sur moi, pour refaire l'ourlet. J'étais en jupon et en chemise, un foulard sur le col, quand j'entendis frapper. Je mis mon châle sur mes épaules et j'allai ouvrir; Vincent entra.
Il n'avait pas sa figure ordinaire. Aux premières paroles qu'il m'adressa, je m'aperçus qu'il était gris.
—Tu as fait une conquête tantôt, me dit-il. On a joliment parlé de toi à dîner. Le plus petit m'a dit qu'il te trouvait à son goût; je lui ai répondu que ce n'était pas pour lui que le four chauffait, que je te gardais.
—Comment! vous me gardez! Est-ce que vous croyez que je ne me marierai jamais?
—A moins que tu ne veuilles te marier avec moi.
Je reculai d'un pas.
—Vous! lui dis-je; oh! j'espère bien que vous n'oseriez pas me le demander!
—Si, puisque je t'ai dit hier que je t'aimais.