—Tais-toi! donne-toi de bonne volonté, ou je t'aurai de force.

Je ne pouvais faire un mouvement. Il me tenait par-dessus les bras. Sa tête se pencha sur mon épaule, et je sentis sa bouche humide. Je frissonnais de peur et de dégoût; je me sentais perdue.

Je faisais des efforts inutiles, quand, par une inspiration soudaine, je lui mordis le bras si fort, qu'il poussa un cri et me lâcha.

Je courus à la fenêtre, l'ouvris, et montant sur le bord, je lui dis:

—Si vous m'approchez, je me jette en bas.

J'étais bien décidée à mourir; il le comprit, car il se recula.

—Eh bien! je ne te toucherai plus, descends.

—Non, lui dis-je, commencez par sortir, je descendrai après.

Il me demanda pardon, me dit qu'il avait eu un instant de folie, mais que je pouvais descendre et qu'il me donnait sa parole de ne plus recommencer. Ce n'est pas la confiance que m'inspira cette parole qui me décida à quitter ma position; mais je voyais un trou noir qui me fit peur. Poussée à bout, je me serais jetée en bas; mais j'avais eu le temps de réfléchir, et l'instinct de la vie se réveillait avec la peur. Pourtant, je restai près de la fenêtre. Il se jeta de nouveau sur moi, et me tirant par ma jupe et par le bras, il me dit, en cherchant à m'arracher de la croisée:

—Tu crois que je vais partir pour que tu me dénonces; je veux pouvoir dire à ta mère que c'est toi qui m'as provoqué. Elle le croira, car elle est jalouse et elle m'aime.