Je revins par la rue Saint-Antoine. Deux heures du matin sonnaient à l'église Saint-Paul. J'entrai par la rue Culture; je me glissai le long des maisons.
Je vis de la lumière à la croisée. Que faisait-il?... Pourquoi était-il revenu?... il ne m'avait pas vue sortir. Il avait dû me croire évanouie ou morte. Peut-être attendait-il mon retour?... Peut-être courait-il après moi?...
Je n'eus pas longtemps cette idée. Je le vis regarder par la fenêtre, et je me cachai derrière un échafaudage.
Ce quartier est encore fort triste; mais, à l'époque dont je parle, tout était fermé à dix heures du soir.
Je traversai la rue, et vins me mettre dans l'angle de la porte cochère du grainetier, qui touchait notre maison.
Dites-moi pourquoi, ayant tant de raisons pour avoir peur, je venais si près, je n'en sais rien moi-même.
L'herboriste-grainetier avait sa boutique au fond de la cour. Le grenier où il serrait sa paille et son foin était au premier.
J'étais appuyée contre sa porte. Quelqu'un avait sans doute oublié de la fermer.
J'entrai et je réparai cet oubli.