Une fois la porte fermée, je pus respirer.
C'est affreux de se trouver seule, à quinze ans, dans les rues de Paris, sans un ami, sans une personne de connaissance chez laquelle on puisse aller demander un refuge, car ma mère avait sacrifié tous ses amis à Vincent.
La tête me tournait. La fatigue, l'heure avancée de la nuit, je sentais mes yeux se fermer malgré moi.
Je fis quelques pas dans la cour. Je trouvai l'escalier du grenier à fourrage; je montai quelques marches, pour m'asseoir sur l'escalier et me reposer.
La porte était ouverte; j'entrai. Je m'étendis sur des bottes de paille, et je m'endormis jusqu'aux premières lueurs du jour.
VI
THÉRÈSE.
Que faire? me disais-je en me réveillant grelottante de froid; je ne puis retourner à la maison. Ma mère a écrit il y a cinq jours qu'elle reviendrait dans huit; elle arrivera demain ou après. Je l'attendrai, je lui dirai tout et je rentrerai avec elle. Mais que faire pendant deux jours? J'irai me promener bien loin; je reviendrai ici le soir. Si l'on me voit, je dirai la vérité. J'ai dix sous; c'est plus qu'il ne faut pour attendre. Je ne veux rien dire à personne.
Je passai cette journée sur les quais à voir pêcher. Je dépensai deux sous de pain.
Cinq jours s'étaient passés ainsi; ma mère n'était pas revenue.