—Entre, me dit-elle, n'aie pas peur. Tu as faim; il faut manger. Demain, j'irai voir si ta mère est revenue. Tu seras mieux couchée là que dans la rue.

J'avais envie de lui sauter au cou, mais j'étais intimidée par le bruit qu'on faisait au-dessous de cette chambre, chez le marchand de vins.

Elle revint avec du pain, du vin, de la charcuterie.

Je mangeai. J'avais eu si faim, que mon estomac s'était resserré. Cela me faisait mal.

—Eh bien! me dit-elle, cela va-t-il mieux?

—Oui, madame, j'ai bien à vous remercier!... je voudrais toujours rester près de vous. Vous avez l'air si bon... j'ai envie de vous embrasser.

Et, comme elle me tendait sa joue, je l'embrassai de tout mon cœur.

Je lui demandai ce qu'elle faisait... elle me répondit:

—Ce que je fais!... je fais mal de te recevoir dans mon garni. J'ai été comme toi; un homme m'a perdue comme l'on a voulu te perdre il y a six jours; je ne me suis pas défendue, et, voilà où cela m'a conduite.

—Est-ce que vous êtes malheureuse? lui dis-je, étonnée.