Les matelas étaient faits avec de la toile à sac; les couvertures en laine brune.
J'avais trois compagnes de captivité. Je ne pus voir les deux femmes ou filles qui étaient au bout de la chambre; leurs couvertures les couvraient entièrement. Je lus en grosses lettres blanches brochées sur ma couverture: Prison du dépôt.
Mon cœur se serra. Je me rappelai la voix qui, quelques heures auparavant, m'avait consolée.
Je cherchai à côté de moi. A peine eus-je regardé, que j'allai m'appuyer au mur tout épouvantée.
Ce qui était à mes côtés n'avait pas forme humaine... c'était ployé en deux.
En bas paraissaient deux pieds nus, noirs comme de l'encre, les ongles longs. Ce qui servait de jupon avait dû être en laine foncée, mais c'était si couvert de boue et si rempli de trous que le bord était dentelé. Une camisole de cotonnade à fleurs, déteinte et toute déchirée dans le dos, laissait voir une loque sale, qui avait dû être une chemise. Tout cela taché de vermine.
Je me serrai au mur, en me regardant partout, et je fis ce mouvement si naturel, quand on voit quelqu'un se gratter; je me frottai les épaules à la muraille et je me figurai être dévorée.
J'ai toujours eu mauvaise tête, mais je crois que mon cœur était bon; je me souvins que cette pauvre créature m'avait dit une bonne parole.
Je m'approchai pour voir sa figure. Sa tête était reployée sur son épaule; ses cheveux châtains nuancés étaient épais et lui tombaient en désordre autour du cou et sur la joue, ce qui m'empêcha d'apercevoir son visage.
Je pris le parti d'attendre, et j'allai m'asseoir sur le banc. Je pensai à tout ce qui m'était arrivé; la douleur me reprit si fort que je m'y laissai aller en criant: