Nous venions de prendre un nouveau voyageur; il avait une voiture faite absolument comme les fourgons qui conduisent ici l'argent de la Banque.
Il descendit du cabriolet de devant, aida à dételer les deux chevaux et fit placer cette voiture avec précaution sur le bachot. Il parlait hollandais avec les mariniers; nous avancions; on n'entendait que le craquement de la glace.
Je m'ennuyais; j'aurais bien voulu causer avec mon compagnon. Appuyé sur le devant de sa voiture, il était silencieux; il ne savait peut-être pas un mot de français: je le laissai tranquille.
Ma bonne s'appelait Joséphine; elle était morte de peur et de froid; moi, je n'étais pas rassurée; je me donnais des airs de bravoure pour me tromper moi-même.
—Allons, Joséphine, du courage! On ne meurt qu'une fois. Cette voiture me fait l'effet d'une bière qu'on a mise là tout exprès; les poissons ne vous mangeront pas.
—Ah! madame, vous riez toujours; je suis bien fâchée d'être venue.
Le jeune homme dit en très-bon français:
—Mademoiselle a raison, c'est une bière; mais elle n'est pas vide.
Je me sauvai de la voiture aussi loin que me le permit l'espace.
—Pas vide? lui dis-je; mais nous voyageons donc avec un mort?