—Mon père, mademoiselle, me dit-il, en ôtant sa casquette de voyage comme pour saluer ces restes qu'il pleurait encore. Ses yeux étaient pleins de larmes.

Je fus honteuse du peu de retenue que j'avais eue, de ma gaieté; j'avais envie de lui en faire mes excuses.

Mais aussi, croyant que personne ne me comprenait, j'avais dit mille sottises pour rassurer ma compagne; je n'osais plus bouger.

Je me mis à réfléchir: je ne comprenais pas pourquoi on faisait voyager les morts.

Je parlai bas à Joséphine.

Le jeune homme entendit ou devina; il vint à côté de moi et me dit.

—Cela arrive quelquefois. J'habite la Haye; mon père est mort à Paris; sa dernière volonté a été d'être enterré près des siens. J'ai obtenu la permission de le ramener dans son pays. N'ayez aucune crainte; il était le meilleur des hommes: il ne peut que nous porter bonheur.

En ce moment, j'entendis des paroles brutales; sans comprendre leur langue, je vis bien que nos mariniers juraient. Ils prirent des crocs de fer et travaillèrent à repousser d'énormes glaçons qui, se joignant, nous fermaient le chemin.

Le jeune homme était pressé d'arriver; il avait payé quatre fois la valeur du passage; on avait pris cette grande barque, quoique ce fût une imprudence.

La compagnie n'était pas gaie, la situation non plus. Je cachai ma tête dans mes mains et je fis à Dieu une fervente prière.