Il y a dans toutes les chambres un petit poêle qui faisait mon bonheur.
La Haye est une ville très-morose; on reçoit froidement les Françaises seules, quand elles n'ont pas soixante ans.
On me regardait, on hésitait; je voyais le moment où l'on allait refuser de me recevoir. Je dis:
—Donnez-moi ce que vous aurez, je ne suis pas difficile; je repars dans deux jours.
On me fit monter au premier, dans une chambre très-propre; une autre plus simple donnait dedans; chacune avait son petit poêle ciré comme une paire de bottes; je les fis rougir.
J'écrivis un mot à mon ami, qui allait mieux; il était de service et ne pouvait me voir qu'une minute le soir, encore fallait-il prendre beaucoup de précautions.
Il vint en tournant sur lui-même comme un homme poursuivi, me fit parler bas, me supplia de garder l'incognito.
L'idée de me faire passer pour une noble étrangère me sourit assez.
Le lendemain, je fus voir Skevening.
Arrivée au bord de la plage, je marchai dans un sable jaune et fin, le plus près possible de la mer. Mes pieds enfonçaient, il faisait du brouillard, nous étions seules; je me retroussai assez pour ne pas me salir.