Et il fit un mouvement pour la déchirer. Je lui arrêtai les mains.

—Lisez celle-là, lui dis-je, c'est la dernière que vous recevrez!

—Elle m'a dit ça cent fois. J'en ai dix en haut que je n'ai pas ouvertes...

—Vous avez eu tort; vous auriez peut-être évité un grand malheur... Celle-là est bien la dernière... Elle est morte!

—Morte! fit-il en me regardant.

—Oui, morte! Elle s'est jetée par la fenêtre, et n'a laissé que cette lettre pour vous.

Il prit sa clef, demanda s'il y avait du feu chez lui et me pria de monter à sa chambre. Entré, il ôta sa casquette, jeta ses cheveux en arrière, décacheta sa lettre. Elle était de huit à dix pages. Il alluma une bougie et lut...

Il fit plusieurs mouvements de tête pendant la lecture, mais il ne versa pas une larme.

Pauvre Marie! voilà l'homme qu'elle aimait depuis six ans, et pour lequel peut-être elle s'était tuée.

Enfin, il me dit: «C'est un malheur irréparable; je n'y puis rien. C'est pourtant ce qui pouvait lui arriver de plus heureux. J'ai depuis un an, une autre maîtresse que j'aime beaucoup; je m'en suis caché dans les premiers temps, mais Marie me suivait; elle a tout découvert. Je n'avais rien à lui apprendre; je résolus d'en finir une bonne fois; je lui dis que je ne l'aimais plus, que je gardais l'autre, qu'elle me laissât tranquille. Alors, ce furent des larmes, des cris qui m'irritèrent. Je la pris en grippe. Un soir elle vint avec la résolution de me tuer... elle avait un couteau! Je fis monter ma maîtresse, et j'enfermai Marie dans une chambre vide, à côté, pour que sa colère eût le temps de se passer. Comme elle faisait du tapage, j'allai passer la nuit hors de chez moi.