—Comment, vous n'avez pas eu peur de son désespoir?
—Non. On lui a ouvert quand j'ai été parti, en lui disant que, si elle venait encore faire du bruit dans la maison, on irait chercher la garde pour l'arrêter.
—C'est mal, ce que vous avez fait là; vous n'avez pas de cœur.
—Si fait, j'ai du cœur, mais je ne pouvais pas la souffrir; j'aurais bien voulu vous y voir... Je ne connais pas de supplice pareil à celui d'avoir à côté de soi quelqu'un qui vous tourmente d'un amour qu'on ne partage pas... Un saint s'emporterait. Je n'ai qu'un regret, c'est de ne pas avoir eu pour elle ce que j'ai pour une autre; cela ne se commande pas. Si elle n'avait voulu que mon amitié, je la lui aurais gardée, car c'était une bonne fille. Je regrette aujourd'hui de l'avoir tant rudoyée; mais elle n'avait pas de cœur; j'avais beau lui en faire, elle revenait tout de même.
—Parce qu'elle vous adorait; vous étiez sa faiblesse... C'est dur à vous de lui reprocher d'avoir manqué de cœur. Est-ce que vous croyez qu'il n'en faut pas pour se tuer... à son âge?
Il relut la lettre sans plus d'émotion que la première fois.
Je l'appelais en moi-même: cœur de pierre. Les filles de marbre n'avaient pas encore été inventées.
On frappa... Il avait retiré sa clef.
—Qui est là? demanda-t-il.
—Moi! dit une voix de femme.