»Oh! si elle avait vu le fond de mon cœur, elle m'aurait aimée à cause de l'amour que j'avais pour vous. Si vous aviez voulu me garder près de vous, je me serais faite si petite que je ne vous aurais pas gêné; si vous m'aviez tendu la main, il me semble qu'à force de dévouement je serais sortie blanche de l'abîme où j'étais tombée.
»Oh! toute la force de la vie s'accroche à moi, au souvenir d'une espérance. Comme je t'ai aimé, comme je t'aime encore! Tu as été la première et la dernière passion de ma vie! Le Créateur m'avait faite indolente, j'aurais trouvé une énergie de fer, si tu m'avais dit: «Fais un miracle et je t'aimerai!»
»Ma tête brûle... Allons, c'était impossible, il faut en finir. J'ai tout tenté; je ne puis pourtant te quitter; l'idée que tu liras cette lettre m'arrête. Depuis deux mois, je souffre mille morts; si j'avais pu me traîner, je serais allée mourir près de toi, sur ton passage... je t'aurais vu une dernière fois. Je voudrais t'écrire jusqu'à mon dernier soupir...
»Si j'avais de l'argent pour me procurer du charbon, je te dirais si la mort fait autant souffrir que ton abandon; mais je n'ai rien, je n'ai que ma fenêtre ou la rivière; je ne puis aller jusqu'à elle. J'ai près de moi un couteau; je l'ai plusieurs fois approché de ma poitrine, mais j'ai peur de cette lame froide, éraillée...
»Comme je souffre! mon Dieu; si vous me pardonnez, faites-moi mourir de suite... Je me repens... je vous prie depuis deux jours... je vais vous oublier au moment suprême!...
»Mon ami, je vous pardonne!
»Tout-à-l'heure, sur le bord de cette fenêtre, je vais m'agenouiller, joindre les mains, et me penchant en avant, je dirai: «Mon Dieu, pardonnez-moi! mon Dieu, prenez-moi en pitié! faites-moi mourir!...»
»MARIE.»
Cette dernière prière avait été exaucée, car elle n'a poussé qu'un soupir et s'est éteinte!...
Rentrée chez moi, je cachai cette lettre et la manière dont j'avais été reçue.