—Avez-vous monté le rose; il me plaisait assez? me dit-elle avec un accent gascon.
Quand elle fut décoiffée, je la reconnus de suite.
C'était la jolie Bordelaise que Denise m'avait montrée à la correction, celle qu'un homme avait épousée pour la vendre.
Je la regardais sans défaire mes bonnets. Étrange puissance des souvenirs! elle me semblait une ancienne connaissance; pourtant elle ne m'avait jamais vue.
J'avais envie de lui faire une foule de questions. Nous n'étions pas seules; je lui montrai ce qu'elle m'avait demandé, en la priant, s'il lui fallait autre chose, de venir me voir.
Elle me le promit et tint parole. Le lendemain, elle vint me commander un chapeau.
Elle n'était pas Bordelaise pour rien; elle me raconta toutes ses affaires.
On l'appelait à Paris: la Belle Pâtissière; j'en avais entendu parler. Un monsieur l'avait enlevée; son mari, qui n'y trouvait plus son compte l'avait fait arrêter; elle l'avait dénoncé et allait se séparer de lui pour venir demeurer en face, chez Mme Fond, qui louait en garni. Elle me parut excellente fille, l'un esprit faible, d'une franchise extrême; j'avais envie de lui dire qu'elle tombait de mal en pis chez cette femme. Peut-être le savait-elle; je me tus.
Elle ne passait plus une fois sans entrer; elle avait la plus jolie figure qu'il fût possible de voir.
Elle était emménagée en face; deux ou trois fois elle m'avait invitée à sa table d'hôte, cela me souriait peu; enfin, pour ne pas la contrarier, j'acceptai, un soir, et je ne le regrettai pas.