Je sortis, je ne pouvais plus retenir mes larmes; j'écoutai à la porte, elle cherchait à prier tout haut. Dieu seul pouvait comprendre sa pensée.
Le lendemain, quand je revins, toutes les portes étaient ouvertes; l'âme était partie; une bougie gardait le corps; tous les yeux étaient secs autour d'elle.
Je me mis à genoux au pied du lit, je fis une longue prière; je l'embrassai sur le front, je lui fermai les yeux restés ouverts, je lui coupai une mèche de cheveux, et je quittai cette chambre, le cœur et les yeux pleins de larmes.
Je ne rentrai pas chez moi; j'allai chez Deligny, qui, voyant ma douleur, fit son possible pour me distraire et pour me consoler.
Le lendemain, il pleuvait à verse; je pris un petit coupé, j'allai rue d'Amsterdam. Arrivée à la porte de Lise, j'entendis clouer sa bière. Je redescendis à reculons: il me semblait que les clous m'entraient dans les chairs.
On exposa son corps à la porte.
La rue est déserte à cet endroit, le temps était affreux, personne ne passait. Il y avait deux personnes à son enterrement: moi et le cocher qui me conduisait.
Quand on eut jeté la dernière pelletée de terre sur elle, on mit une croix avec ses initiales. Je restai les pieds scellés dans cette terre glaise; il me semblait qu'une partie de moi-même était en terre avec Lise. Je m'arrachai en faisant un effort; j'étais fascinée: il me semblait entendre des voix m'appeler. J'eus peur, je sortis en courant.
Deligny était chez moi; il me reprocha de me faire tant de mal. C'était plus fort que ma volonté: je pleurais sur elle et sur moi.
Le même sort ne m'était-il pas réservé?