XXI
ROBERT.
J'étais, par un heureux hasard, délivrée pour le moment de toute inquiétude matérielle. Je pouvais, pendant quelque temps, vivre de mes rêves et me bâtir des châteaux en Espagne.
Le temps me parut si long, jusqu'à quatre heures, que, pour l'abréger, je descendis au magasin.
J'avais écrit, quelques jours avant, à mon ami en Hollande. Je trouvai en revenant du souper une lettre de lui; il m'envoyait deux mille francs à toucher chez un banquier, rue d'Hauteville. Avec ces deux mille francs et mes trois cents francs de la veille, j'étais bien riche.
Je me mis à la porte; un encombrement de voitures barrait le passage. Un joli phaéton, attelé de deux beaux chevaux noirs, attendait pour tourner rue Geoffroy-Marie; les chevaux impatientés se cabraient, un des domestiques sauta en bas.
—Laisse, laisse, disait le jeune homme qui tenait les rênes.
Il calma les chevaux et dégagea sa voiture avec infiniment d'adresse.
Quand je le vis hors de danger, je traversai la rue pour monter chez moi; mais les forces me manquèrent en arrivant. Robert allait me demander à la concierge, il m'aperçut.
—Eh! bonjour, ma chère enfant, avez-vous bien dormi?