Enfin, je reçus une lettre; je la regardais de tous côtés sans oser l'ouvrir. Elle était de lui, mais que disait-elle? Il me fallut faire un grand effort sur moi-même pour la décacheter.

«Ma chère enfant, je vous remercie de votre bon souvenir. Je souffre beaucoup. Quand vous reverrai-je? je n'en sais rien. Un malheur affreux vient de me frapper; quoique je m'y attendisse depuis longtemps, je ne le croyais pas si près.

»Vous comprenez qu'il est des douleurs qui ont besoin d'isolement.

»ROBERT.»

Il était temps que la lettre finît; mes larmes m'auraient empêchée d'en lire davantage. Il ne m'aimait pas; c'était un adieu. Il me sembla que la vie me quittait.

—C'est impossible, me disais-je, dans quelques jours il viendra; je le reverrai; tout n'est pas à jamais fini entre nous.

J'attendais toujours, j'aspirais tous les bruits du dehors. J'écoutais les passants, les voitures; j'avais envie de sortir, de me distraire; mais s'il venait pendant mon absence... et je restais.

Je n'y tenais plus. Cette existence d'espoir chaque jour déçu était antipathique à ma nature.

Je fus chez ma mère; elle avait fermé le magasin, et était partie avec Vincent.

J'allai chez Frisette. Elle me consola, en me disant que dans un pareil moment, avec un deuil si récent dans le cœur, Robert ne pouvait s'occuper d'une maîtresse, quelque affection qu'il eût pour elle; il avait des devoirs à remplir.