—Quoi donc? lui dis-je, presque impatientée.
—Après ça, madame est si bonne! Voilà ce que c'est: j'ai une sœur de mère qui a dix-sept ans; elle était venue à Paris pour apprendre un état, mais elle s'est sauvée. Je ne sais pas ce qu'elle a fait, mais on l'a arrêtée. Ma mère m'a envoyé un pouvoir pour la réclamer à la maison de réclusion où on l'a enfermée. Elle sort demain; je ne sais qu'en faire. Elle voulait entrer dans une maison; ma mère ne l'a pas voulu.
—Ah! votre mère n'a pas voulu? Elle a bien fait.
—Je voulais demander à madame la permission de la loger dans ma chambre, en haut, jusqu'à ce que je lui eusse trouvé une place ou que ma mère vint la chercher; elle va revenir en service à Choisy-le-Roi.
—Ma pauvre Marie, je le veux bien; mais elle ne pourra jamais descendre à l'appartement; ma vie n'est pas assez régulière pour que je puisse recevoir ouvertement une femme dans une fausse situation.
Augustine, c'était le nom de sa sœur, sortit le lendemain et vint chez moi; Marie la fit entrer dans ma chambre. C'était une grande jeune fille, mince, la figure fine, délicate, presque blonde. Je pensai que cette pauvre fille, enfermée au cinquième étage, seule, dans un cabinet, allait s'ennuyer à mourir.
Je dis à Marie de la garder le jour dans sa cuisine, qui était grande et assez éloignée de l'appartement, qu'elle raccommoderait du linge, que je lui donnerais tant par jour et qu'elle serait nourrie, jusqu'à ce qu'elle fût placée. Elle parut enchantée.
Nous reçûmes une lettre de sa mère, qui nous annonçait son arrivée très-prochaine. J'étais contente de la voir partir; j'avais bien regardé sa figure, elle n'avait pas l'air franc, son regard était hardi, elle était paresseuse. J'avais acheté deux robes d'indienne, on eut toutes les peines du monde à obtenir qu'elle fît la sienne. Cependant elle me paya sans le savoir sa dette de reconnaissance. Ce fut elle qui, venant de faire une commission, m'apporta une lettre de Robert que le concierge lui avait remise. Cela était bien simple, et pourtant je l'embrassai de joie; je m'enfermai, sûre que personne ne me verrait; je baisai l'écriture, le cachet.
«Ma chère Céleste, je ne vous ai pas répondu plus tôt, quoique j'en eusse grande envie. Il ne faut pas m'en vouloir; soyez bien persuadée que j'ai de vous le meilleur souvenir, et que vous aurez toujours une bonne place dans mon affection. Mais, ma chère enfant, vous connaissez ma position maintenant; j'ai des intérêts trop graves pour les négliger; je suis obligé de sacrifier mes jouissances présentes pour ma position à venir. Je suis content de vous savoir dans l'opulence; je connais celui dont je suis condamné à envier le bonheur, mais bien certainement il ne sera jamais aussi heureux que je l'ai été près de vous. Je savais que vous étiez souffrante: j'ai des nouvelles de Paris.
»Si, comme vous me le dites, vous avez pour moi quelque affection, vous prendrez soin de votre santé; elle m'est chère. Quand on aime, on cherche à faire plaisir; vous y réussirez en vous soignant.