—Partez!
Mon cheval m'emporta comme le vent, la respiration me manqua; je me couchai sur son cou, comme font les jockeys; je lui fis un appel de la voix, il se lança plus fort... J'allais passer mes compagnes, peut-être gagner la course! cette idée me transporta. Je jetai mon cheval sur la corde dans un tournant... je coupai celle qui me serrait de plus près, je la passai! Je fus si contente que, dans la crainte de voir une autre gagner sur moi, je fermai les yeux, je rendis tout à mon cheval et je lui appliquai l'éperon dans le flanc gauche. J'entendais dire:
—Elle a gagné!
Puis applaudir! Je serrai les genoux davantage. Je fis un tour de plus; on m'arrêta pour me donner le bouquet: j'avais gagné!
La France était à moi... Je marchais en avant des autres; on m'applaudissait. Mon cheval, qui avait été attaqué durement, faisait mille gambades que je suivais avec assez de souplesse pour qu'aux bravos se joignissent des compliments sur ma tenue à cheval. J'étais radieuse en rentrant. Mon professeur partageait ma joie.
Une fois descendue, mes compagnes me cherchèrent querelle. Elles prétendaient que j'avais manqué de les renverser, que l'on ne devait pas couper.... Je crois qu'elles avaient raison, mais je les envoyai promener.
Je regardai mon cheval; il avait une tache de sang au côté. Je lui en demandai tous les pardons du monde... je lui montrai mon bouquet et lui donnai des raisons que je lui fis comprendre avec force morceaux de sucre.
J'allai m'habiller pour la chasse; j'avais un joli costume, et j'étais, j'en conviens, assez contente de moi.
Je montais un cheval d'école qu'on appelait Aboukir, je le faisais caracoler le plus que je pouvais.
On lâcha le cerf. Je prenais mon rôle au sérieux et je riais avec les seigneurs qui étaient rangés au milieu, en attendant que les piqueurs et valets de chiens eussent lancé et découplé les chiens.