Elle me rencontra, et, sous prétexte que nous étions voisines, me fit monter chez elle, et passa la journée à me montrer ses richesses avec tant de:—Tu voudrais bien cela, hein?—Si tu avais cela!—que j'avais le cœur tout gros, sans savoir pourquoi.

Elle avait une grande passion pour les artistes, et passait toutes ses soirées dans les petits théâtres, se laissant tour-à-tour enflammer par un comique, un amoureux, un traître; elle n'était généreuse que pour les arts.

On dit qu'elle laissait tomber un diamant de son bracelet chez beaucoup de ses préférés.

Elle m'engagea à dîner avec elle et à aller au spectacle le soir; elle me dit qu'elle allait me prêter un châle, dans la crainte que je n'eusse froid. Cette attention me toucha, et je me dis:

—Décidément, c'est une bonne fille!

Je fus bien vite détrompée. Elle ne pouvait aller au théâtre seule; il lui fallait une compagne. Elle ne pouvait mettre tous ses châles à la fois; il lui fallait un mannequin. En voici la preuve:

Elle me fit dîner dans un petit restaurant, boulevard du Temple. Il y avait beaucoup d'acteurs; ils vinrent auprès de nous. On nous servit le potage. Je me disposais à manger, lorsque, m'arrêtant le bras, elle me dit, de sa voix braillarde:

—Prends garde, tu vas tacher mon châle!

Je devins pourpre. C'était uniquement pour cela qu'elle me l'avait prêté. Je vous laisse à penser si ma reconnaissance s'envola.

Elle n'en persista pas moins à me poursuivre de ses offres d'intimité. Il lui vint même, pour mieux colorer cette intimité aux yeux du monde dans lequel nous vivions, l'idée la plus folle et la plus excentrique: ce fut de me faire passer pour sa sœur; elle me pria de dire comme elle, parce que cela serait un prétexte pour être plus libre: son boyard lui permettrait plus facilement de sortir avec moi.