En réalité, elle s'accrochait à moi parce que je m'appelais Mogador.

Un surnom, comme M. Véron le fait remarquer avec beaucoup de finesse d'observation dans les Mémoires d'un bourgeois de Paris, un surnom, pour des femmes comme nous, est une fortune.

A quelques jours de là, ma sœur me proposa de l'accompagner dans une soirée d'artistes. J'étais dans la même position: je n'avais pas ce qu'il me fallait. Elle mit généreusement toute sa garde-robe à ma disposition. Je refusai, me rappelant de: «Prends garde de tacher mon châle.» Mais il lui fallait un bras à tout prix.

Elle eut, cette fois, pour vaincre ma résistance, recours à un petit stratagème auquel j'eus la bonhomie de me laisser prendre. Elle m'acheta ce dont j'avais besoin, et me dit:

—Tiens, tout cela est à toi.

Je crus naturellement qu'elle me le donnait: une parure de fleurs de cinquante francs, des gants longs, une voiture louée pour la nuit. Voilà des dépenses que je ne me serais jamais permises.

Je la remerciai de sa munificence.

—Bon! bon! me disait-elle, tu me remercieras plus tard.

Quelques jours après, elle me remettait une note de cent francs. Je n'ai jamais, je crois, fait pareille figure depuis; j'avais à peine de quoi vivre et payer mes meubles.

Je la fis attendre; elle se fâcha et me fit des scènes devant tout le monde.