—Il est malade?
—Non; mais il a le spleen.
—Oh! c'est deux fois dommage; il faut le distraire.
—Je le voudrais bien, mais il ne veut recevoir personne.
—Il faut le prendre d'assaut.
—C'est une idée... je tâcherai... Vous êtes toutes deux si gaies et si charmantes, que si vous voulez bien entreprendre cette cure, je suis certain que vous réussirez.
Le lendemain, nous reçûmes une invitation de M. Alphonse R..... On lui avait fourré dans la tête de recevoir quelques amis; il donna un thé, rien que pour nous voir; on avait tant parlé de notre entrain qu'il s'était laissé gagner.
Nous arrivâmes avec Lise, à neuf heures du soir, rue de la Bruyère. On nous introduisit dans un joli appartement. Je ne sais ce que j'avais ce jour-là; j'étais horriblement triste. Cela avait gagné Lise. Nous avions eu l'idée de mettre des robes foncées; nous devions avoir l'air de pleureuses. Et puis, aller chez un homme qui se meurt, cela n'est pas gai! Nous avions de vraies figures de circonstance.
Le maître de la maison était grand, mince, les joues creuses, décolorées, la figure douce, fine, l'air distingué et d'une amabilité rare; il vint à nous, nous remerciant d'avoir sacrifié une soirée à son ombre, nous fit asseoir, nous offrit lui-même des fruits, des gâteaux, du thé; puis, s'asseyant dans un fauteuil, il resta sans mouvements, sans avoir l'air de penser.
Je me penchai à l'oreille de Lise et je lui dis: