Lise, qui était fantasque comme la lune, avait complétement oublié son mouvement d'humeur, et ils étaient les meilleurs amis du monde.
Cette soirée avait l'avantage de me montrer un monde que je ne connaissais pas encore; il y régnait une gaieté naturelle, qui me parut bien préférable à la joie un peu bruyante dont j'avais jusqu'alors été témoin. L'esprit seul peut donner de l'attrait au plaisir.
On fit de la musique. Un petit jeune homme se mit au piano: dès les premières notes, je reconnus un maître; je le regardai avec attention. Il était blond; il avait les cheveux crépus, les yeux bleus, les lèvres un peu fortes, les dents blanches; il était plutôt bien que mal, quoique sa figure manquât d'expression. Ses mains couraient sur le clavier avec une légèreté, une agilité incroyables. Ce n'était pas de la musique, mais une harmonie qui vous enveloppait le cœur.
Quand il eut fini de jouer, des applaudissements unanimes et bien mérités retentirent dans le salon.
Je profitai du bruit pour demander à M. Gustave quel était ce jeune homme qui avait tant de talent.
—Vous ne connaissez donc personne, ma chère enfant? C'est H... le compositeur, H... le petit prodige! Je vais vous le présenter.
Sans me demander si cela me plaisait ou non, il alla le prendre par la main et me l'amena.
Je crus remarquer que M. H... avait rougi en s'approchant de moi.
—Je sais bon gré à mon ami, me dit-il avec un petit accent allemand qui n'avait rien de désagréable, de me conduire vers vous. Depuis le premier jour où je vous ai vue, et il y a longtemps déjà, j'avais envie de vous connaître. La soirée s'avançait, et j'avais peur de manquer l'occasion.
Je lui demandai avec une certaine inquiétude d'où il me connaissait.