Le duc était en Espagne. J'allais de droite et de gauche avec Lise. Les soirées où nous nous amusions le plus étaient toujours celles d'Alphonse R.... Il renaissait à la santé et aux plaisirs; on nous traitait dans cette maison en vrais enfants gâtés. Chaque jour la réunion augmentait. Ce cercle de gens d'esprit me plaisait infiniment.
J'écoutais; mon intelligence se développait à ce contact: j'en avais bien besoin, car j'étais tellement ignorante que souvent je m'arrêtais court au milieu d'un mot que je n'osais finir dans la crainte de dire quelque sottise.
Chacun m'aidait un peu, et cela avec tant de bonté que je m'en souviendrai toujours.
Voilà pour les hommes; mais les femmes étaient impossibles et m'irritaient au dernier point.
Une d'elles fit remarquer que Pomaré n'était pas jolie, qu'elle avait les dents de devant gâtées; les siennes l'étaient un peu moins. Je demandai à mon amie Hermance quelle était cette grande planche qui nous éreintait?
—Elle se nomme Lagie.
—Elle est jolie, mais elle m'ennuie, et je vais me donner le plaisir de le lui dire.
Hermance se mit à rire.
—Attendez que je vous donne tous les renseignements:—Elle arrive de Metz; la garnison en masse a bien perdu à son départ. Elle a trouvé que les régiments ne changeaient pas assez souvent, et elle est venue ici. C'est une bonne fille; seulement, elle est bête et fantasque. Un jour, elle vous mange d'amitiés; le lendemain, elle ne vous regarde pas. Elle ne varie jamais sur le compte des femmes: elle dit du mal de toutes.
—C'est bon à savoir. Rendez-moi un service: allez lui dire, de ma part, que je voudrais bien faire sa connaissance.