L'imprudente Lagie chantait avec eux.
Nous entendîmes quelques mots sur le carré qui finissaient par goddem! On rit de l'aventure toute la soirée.
Mais le lendemain, on ne savait comment faire pour payer le dîner; l'Anglais était parti à tout jamais.
Nous tînmes notre promesse à M. H..., et nous allâmes passer la soirée chez lui. On fit une partie de lansquenet. J'ai joué quelquefois, mais je n'ai jamais eu de goût pour le jeu. Les femmes qui jouent me semblent affreuses. C'est une passion qui défigure un homme souvent, une femme toujours.
H... était assis à côté de moi et me conseillait; il était plus occupé de moi que de mon jeu. Je devais lui en savoir gré, car jusqu'alors, après la musique, les cartes avaient été sa grande passion.
Mes dédains ne le rebutaient pas; il mettait dans son amour une persistance infatigable. J'avais beau lui dire:
—Voyons, H..., vous êtes un bon garçon; je ne veux pas vous faire aller; ne m'aimez pas, ou ne m'aimez plus, parce que je ne vous le rendrai pas. J'ai beaucoup d'amitié pour vous; mais vous êtes un juif, et je ne pourrai jamais aimer un juif, et puis vous valez mieux que moi. Je vous ferais de la peine à chaque instant. Vous êtes jaloux maintenant, qu'est-ce que cela serait si vous en aviez le droit?
—Je vous jure, Céleste, me répondit-il avec un sérieux qui ne manquait pas d'esprit, que ce n'est pas de ma faute si je suis de la race de Jacob. Si l'on naissait à l'âge d'homme et si l'on choisissait sa religion, je me serais fait catholique pour vous plaire.
Pendant que je le taquinais ainsi, un nouveau personnage était entré et venait au maître de la maison pour lui donner la main. Je poussai un cri et je baissai la tête, afin de cacher le rouge qui me venait aux joues avec tant de force qu'il me sembla que le sang me sortait des yeux.
H... me serra la main sans comprendre; il me regardait, puis regardait le nouveau venu.