Il devint beau. Sa musique avait une harmonie si douce; elle ressemblait aux chants des églises; ces airs religieux, un peu de fatigue aussi, peut-être, m'engourdissaient les sens...

Petit à petit, lui, semblait m'avoir oubliée. Je me réveillai au jour dans le fauteuil où je m'étais endormie... Il notait sur un papier rayé la musique qu'il avait composée pendant la nuit.

J'étendis mes bras raidis par la fatigue, et je lui demandai pardon de l'avoir empêché de se coucher.

Il me remercia du bonheur que ma présence lui causait.

Je lui fus reconnaissante d'une affection si douce et si respectueuse. Je lui promis de passer la soirée avec lui.

Cette douceur et cette réserve durèrent peu.

Je ne conseillerai à aucune femme d'encourager de sang-froid l'amour d'un artiste. Au bout de quelque temps, je ne savais plus à quel saint me vouer.

L'amour d'H... grandissait tous les jours. Il se tourmentait au point de se rendre malade. Il me suivait partout, passait les nuits à ma porte. On le voyait changer et on m'en faisait un reproche. Il ne voulait plus travailler, quoi que je pusse lui dire.

—Ayez pitié de moi, me répétait-il sans cesse, ayez pitié de moi! Cela ne sera pas long; je ne tiens plus à la vie. Dites-moi que vous me détestez, et je me tuerai pour vous épargner un ennui. Il n'était raisonnable que devant le monde. Seul avec moi, il me désespérait. Il avait la peau moite; il toussait souvent: on le disait attaqué de la poitrine. Cela me faisait peur. «Mon Dieu, me disais-je, s'il allait mourir de chagrin!» Et je tâchais de le consoler. Mais les grands amours sont exigeants: j'y parvenais mal.

Quand par hasard, il faisait de la musique, cette musique était mélancolique, son piano ressemblait à un orgue d'église.