Il s'arrêtait et me disait:
—Si je n'étais pas juif, vous m'aimeriez, n'est-ce pas? Si je le savais, je renierais mon Dieu pour l'amour de vous!
—Mon pauvre ami, vous êtes en délire, je ne veux pas le plus petit sacrifice... avec quoi pourrais-je le reconnaître!... Je vous avais bien dit: Ne m'aimez pas, je vous porterai malheur! Je ne me suis pas trompée: vous devenez fou; vous ne faites plus rien. On dira que c'est ma faute... pourtant vous savez le contraire.
—Non, on ne vous fera aucun reproche... Je sens bien que ma vie se fane; je n'ai pas longtemps à vivre!... Laissez-moi être heureux à ma manière.
Il était si triste que je l'évitais le plus que je pouvais.
Un jour, je le vis entrer à l'église de la Madeleine; il y resta deux heures. Il devenait de plus en plus sombre.
On me conseilla d'en finir. Il valait mieux lui faire une grosse peine qui se guérirait que de le laisser mourir à petit feu.
Lise se chargea de lui annoncer le parti que je prenais par affection pour lui.
Il se mit à pleurer et descendit avec elle; elle remarqua qu'il la quittait à la porte d'une église où il entra.
A quelques jours de là, je reçus une lettre dans laquelle il me disait que sa vie ne lui appartenait plus; qu'il mettait sa confiance en Dieu qui le consolait de toutes ses douleurs...