Le duc avait depuis longtemps une vieille maîtresse, grosse, mal bâtie. Je la voyais étaler ses quarante ans dans une belle calèche doublée de velours bleu.

Elle faisait une grimace pour se donner l'air souriant; le tout recouvert d'un voile à pois noirs, qu'elle avait le soin de ne jamais quitter.

Je me levai donc, sans trop de regret, et je m'habillai de mon mieux pour recevoir mes deux Italiens.

Midi et le timbre de ma porte sonnèrent en même temps; j'allai ouvrir moi-même.

Mon antichambre était obscure; je vis l'ombre d'un grand corps qui dépassait de la tête mon pianiste.

—Pardonnez-moi de venir si tôt, me dit Pederlini, mais il n'y a point de ma faute. Depuis que j'ai promis à B... de l'amener chez vous, il ne me laisse pas une minute de repos... Si je l'avais écouté, nous serions venus à huit heures.

Je leur désignai deux fauteuils dans le salon, et je m'assis en face...

Mon nouvel admirateur était un beau garçon, grand, fort; des cheveux de jais; de grands yeux noirs, brillants, qui me fixaient avec tant d'expression, qu'involontairement je baissai la tête sous son regard.

Il parla à Pederlini; celui-ci me transmit sa phrase.

—Il dit vous trouver plus jolie de près...