Je fus honteuse de ma faiblesse et je mis mon pied sur son genou. Il prit un bistouri, écarta les chairs, gratta légèrement l'os.

La sueur me perlait au front.

Ma mère me serra la main, de l'autre je serrais mes draps si fort que je fis des trous avec mes ongles.

Il frotta la pierre infernale autour de l'ouverture. Je demandai grâce; il s'arrêta et me dit:

—En voilà assez pour aujourd'hui, nous recommencerons cela dans deux jours. Vous allez mettre une toile cirée sous elle, vous placerez une traverse en bois au-dessus du genou. Vous irez chercher un alambic que l'on va vous donner; vous l'emplirez de glace, qui fondra goutte à goutte sur sa jambe, jour et nuit.

Ma mère le reconduisit; elle rentra toute pâle.

Une fois la douleur engourdie, je lui demandai comment elle avait su mon adresse, et qui lui avait dit que j'étais malade.

—J'ai, me dit-elle, sur mon carré une femme qui donne des petits bancs à l'Hippodrome. Un jour elle m'avait fait cadeau de deux places; je voulais voir si cette Céleste, dont on parlait tant, n'était pas ma fille. Quand je te reconnus, je faillis m'évanouir. J'avais bien envie de t'embrasser, mais je n'osais pas aller à toi. Je ne voulus jamais retourner te voir faire ces courses maudites, j'avais trop peur. Tous les deux jours j'avais de tes nouvelles; mais depuis six jours je n'y tenais plus. Rosalie me rapporta qu'on disait qu'il faudrait te couper la jambe. Me voilà; m'en veux-tu?

—Non, au contraire.

Ce qu'elle m'avait dit m'avait fait passer dans la cuisse comme une lame d'acier; je sentais un froid vers l'os, je restai pensive. Je me consolai en disant que, s'il me fallait subir cette opération, je me tuerais.