Ma mère s'établit près de moi; je n'osai rien lui demander de sa vie privée.
Elle comprit ma discrétion et me dit qu'elle pouvait me donner tout son temps, vivant absolument seule.
Je reçus la visite de mes camarades.
Angèle, dont je n'avais jamais aimé le caractère, fut une des plus empressées. Je lui en sus gré et je ne l'ai pas oublié; tout le monde vint me voir à la fois, puis je restai seule.
Mon gros chirurgien me tint parole et vint me brûler une seconde fois. J'en avais une peur atroce.
Lorsqu'il me fit sa dernière visite, il me dit, en me tapant sur la joue:
—Eh bien! mon enfant, les plaies sont roses; vous êtes sauvée. Je vous ai fait du mal pour votre bien; m'en voulez-vous toujours? Il n'y avait pas à lésiner, la chaleur est si grande, le sang a été si décomposé par la peur, que je craignais la gangrène. Il n'y a plus de danger; vous avez été bien raisonnable; tâchez, si vous le pouvez, de ne plus continuer ce métier-là.
—Monsieur, lui dis-je, comment reconnaître les soins que vous m'avez donnés?
—Vous n'avez rien à reconnaître. Je ne suis plus médecin; il a fallu une occasion comme celle-là pour que je me dérange. Je suis trop gros, je ne puis plus monter; tâchez que je ne revienne jamais vous voir, et, si vous tenez à vos membres, qui en valent bien la peine, ménagez-vous.
Il partit sans me dire son nom; je ne l'ai jamais su.