Je courus près de lui.

—Remettez ce pistolet à sa place, Richard, vous me faites peur.

—Vous avez tort, Céleste, la mort! c'est le bonheur pour moi. Je vous aime comme un insensé, ce n'est pas de l'amour, mais du délire. Vous ne pouvez pas m'aimer; vous voyez bien qu'il faut que je meure. Qui donc me regrettera? mon père a été empoisonné à Maurice, j'avais douze ans. Ma mère est morte, j'en avais quinze. Personne ne me donnera une larme.

J'ai voulu vous mettre à l'abri du besoin.

Je vous laisse tout ce que j'ai; quand vous serez malheureuse, pensez à moi, on ne vous aimera jamais comme je vous aime.

En me disant tout cela, il tournait son pistolet dans ses mains; j'entendis un bruit, il venait de l'armer. Je me jetai sur lui et j'essayai de lui arracher son pistolet. Dans cette lutte, il y eut une seconde où le canon se trouva tourné du côté de ma figure.

—Lâchez-moi, disait-il, prenez garde à vous.

—Non, répondis-je en redoublant d'efforts, tuez-moi si vous voulez, la perte ne sera pas grande; mais, je vous en conjure, ne vous faites pas de mal.

Il fit un mouvement pour se dégager, le coup partit de côté et en l'air; la balle venait de briser mon portrait.

On accourait dans la pièce voisine, il me fit signe de ne rien dire; je m'appuyai à un meuble; son domestique entra tout effrayé!