Rentrée à la maison, je m'habillai d'une façon moins voyante, et me résignai à aller, à pied, faire une visite à Richard.
Au lieu de me complimenter sur la beauté de mon équipage, il me dit froidement:—Combien vous a-t-on fait de rentes pour entretenir ce train de maison?
Je me grattai le front sans répondre; il avait raison, c'était une lourde charge. Mais comme je voulais être heureuse, sans inquiétude, je fis la grimace en lui disant:—Je pars demain pour Giscars: je vais voir ma petite filleule.
XXXVII
LONDRES.
J'arrivai chez la nourrice sans qu'elle fût prévenue. J'entrai dans la maison et trouvai seule, dans un berceau, une pauvre petite créature, si pâle, si faible, qu'elle semblait sur le point de mourir; je reconnus sur elle les effets que j'avais achetés pour ma filleule. Je soulevai l'enfant: sa tête roulait sans force. La nourrice était aux champs. Elle rentra au bout d'une demi-heure. Je courus au-devant d'elle.—Êtes-vous folle de laisser ainsi seule cette enfant; vous n'en avez pas soin, elle est malade, ce n'est pas ce que vous m'aviez promis. Je vous paye pourtant plus que je ne vous dois; s'il lui arrivait malheur, prenez garde à vous. La pauvre petite ne demandait qu'à vivre.
Cette femme me donna les plus mauvaises raisons. On habilla l'enfant qui commençait à me sourire; je ne pouvais repartir que le soir, je passai donc la journée là.
Le mari était rentré quelques instants après sa femme, et semblait au moins aussi embarrassé qu'elle. Evidemment on me cachait quelque chose, la petite se mit à pleurer; la nourrice la berça.
—Mais, lui dis-je, elle doit avoir faim.
—Ah! mon Dieu, madame, dit le mari, voilà ce qui nous gêne depuis que vous êtes là; nous n'avons rien osé vous dire, mais l'enfant est sevrée parce que ma femme est grosse.