On me remit cette lettre de Robert.

«Quand on aime une femme indigne de soi et qu'on se sent trop faible pour la quitter, on se fait sourd et aveugle, c'est ce que j'aurais dû faire. On ne crée pas ce que Dieu lui-même serait impuissant à recréer. Le cœur d'une fille comme vous ressemble à une hôtellerie mal famée. Le passant honnête, qui s'y aventure par hasard, attire sur lui toutes les railleries des hôtes ordinaires. Quand un bon sentiment nous vient au cœur, les mauvaises passions, maîtresses du logis, l'en chassent bien vite. Vous dites que je ne vous ai pas aimée, mais l'amour que j'ai eu pour vous est ma seule excuse; si je ne vous avais pas aimée, je serais le dernier des misérables. Votre semblant d'amour, à vous, a commencé par une caresse et finit par un chiffre. Je ne suis pas assez riche. Vous êtes libre.

»ROBERT.»

Je prenais la plume pour écrire à Richard. Ma femme de chambre l'annonça. L'impatience l'avait ramené.

Je poussai un cri de joie. Il me demanda ma réponse,—je lui dis: Quand partons-nous?...

—Demain soir, si vous voulez.—Il vous faut le consentement de votre mère, et je désire que vous placiez cet argent avant notre départ.—Il posa sur ma toilette un portefeuille que je lui rendis.

—Non: je ne veux pas de cet argent; plus tard, nous verrons.

—Je veux que vous le placiez avant de quitter Paris... Ce n'est pas une grande fortune, mais cela vous aidera à élever votre petite fille! Quoi qu'il arrive, ces quarante mille francs sont à vous.

J'étais confuse de tant de générosité! J'allais peut-être refuser encore, quand je songeai à ces paroles de Robert: Si c'était vrai, vous ne me le diriez pas! Je pris le portefeuille, et le montrant dans ma pensée à Robert, je lui disais: Vous voyez bien que je ne mentais pas.

Tout fut prêt le lendemain soir; le consentement donné, l'argent placé. Nous partîmes. Je recommandai de m'envoyer mes lettres poste restante.