Lireux, Monrose et Bernard-Latte, qui étaient encore garçons, car ils se sont mariés depuis, je crois, me donnèrent raison, et Maria fut mon amie.
J'avais en face de moi M. Milon, l'acteur. Il me parut très-fat, étudiant ses poses; il se regardait et avait l'air si content de lui, que je quittai ma place pour lui démasquer la glace qui était derrière mon dos.
Je dis à Maria: Venez-vous danser? Elle avait un costume d'homme, elle fit le cavalier. Voilà qu'en faisant je ne sais plus quelle figure, je marche sur le pied d'une femme en domino qui était derrière moi. Elle me pousse très-fort en m'appelant bête! Cela lui avait échappé, mais elle ne m'avait pas moins appelée bête, ce qui me déplut beaucoup; elle raccommoda la phrase en m'appelant horreur de femme!
Je me retournai et lui tirai la barbe de son masque, en lui disant:—Vous êtes donc bien jolie, vous!—C'était un vrai singe.
Je me mis à rire en disant:—Voyez comme madame a le nez bien tourné pour m'appeler horreur!
Grand Dieu! qu'avais-je fait! Il n'y avait qu'une femme, une femme comme il faut dans le bal, c'est celle qui m'avait appelée bête et que j'avais démasquée.
Elle, furieuse, cherchait partout le commissaire.
On me conseilla de me sauver; je n'en fis rien et j'eus tort, car on vint me prier de passer au bureau de police.
C'est pour le coup que j'eus envie de courir. Je me préparais à dire à la dame que je la trouvais superbe; heureusement pour moi que Louis Monrose, qui est aussi bon garçon que bon acteur, vint à mon secours. Je commençais à avoir très-peur.
Il prouva au commissaire que si cette dame n'avait pas mis son pied sous le mien, je n'aurais pas pu marcher dessus. Il obtint ma grâce et m'emmena en haut.