—Marie, dis-je à ma bonne, donnez-moi vite un châle, un chapeau; il faut que je voie ma mère de suite. Mon Dieu! s'il lui était arrivé quelque chose!... Ah! mes pressentiments me disent que j'arriverai trop tard. Vite, Marie! vite, Marie!
—Où voulez-vous donc aller? me dit le petit mobile, on ne passe nulle part; il y a des ordonnances d'affichées; l'artillerie est au bivouac sur les boulevards; pas un bourgeois ne doit sortir; vous ne feriez pas vingt pas.
—Je dirai que je veux voir ma mère, on me laissera passer.
—Je vous assure que non, à moins que vous n'ayez un laisser-passer du commissaire.
—Eh bien, j'irai en chercher un.
—Madame, je vous en prie, ne sortez pas, me disait Marie en larmes, vous allez vous faire tuer, ou bien emmenez-moi.
—Non pas, ma fille, restez; l'inquiétude est pire que la mort. Ma vie, la belle affaire! Est-ce que Robert n'expose pas la sienne? Où est-il? Quand j'aurai vu ma mère, j'irai le chercher.
Et je partis.
Le bureau du commissaire avait été transféré au ministère; on me barra vingt fois le passage jusque-là; mais je priai, j'insistai, j'arrivai à lui. Il me connaissait pour m'avoir vue à l'Hippodrome, où il avait été de service.
—Que me voulez-vous, mon enfant? me dit-il d'un air bienveillant, qui me rassura un peu.