Il disparut. J'avançais toujours, mais avec peine. Toutes les figures étaient empreintes d'une grande terreur; chacun se regardait avec défiance. Je pris la rue Basse-du-Rempart. Le vide s'y était fait; je la suivis, silencieuse. Je pensais à Robert! «Une révolution, me disais-je! une révolution qui ruine, qui force la noblesse à se cacher. Dans de pareilles circonstances, on a vu des gens du peuple rendre de grands services! Ah! si Robert pouvait avoir besoin de moi, de ma vie!»
Cette pensée ne fut qu'un éclair dans mon cœur. Je me rappelai, par le souvenir de Lyon, les malheurs qu'entraînent les révolutions, et j'eus regret de mon égoïsme.
J'étais au coin de la rue Caumartin. La pharmacie était changée en ambulance; de pauvres blessés y recevaient des secours!
A la vue du sang, mon cœur revint tout entier à la charité!
Je sentis des larmes dans mes yeux. Pleurer! c'est tout ce que peuvent les femmes! car elles ne comprennent rien, ne peuvent rien à ces grandes machines infernales qu'on appelle guerres, révolutions!
Rentrée chez moi, je me mis à écrire à Robert tout ce que j'avais vu, lui disant pour la première fois: «Ne venez pas.»
Je ne pouvais dormir! toute la maison était sur pied.
A quatre heures du matin, on frappa à la porte cochère. Le concierge avait peur; avant d'ouvrir, il demanda:
—Qui est là?
J'écoutai à ma fenêtre.