—Dites-moi donc que vous l'aimez! Pourquoi jouer cette grimaçante comédie avec moi? Est-ce que j'en vaux la peine? Vous m'avez prise, vous avez le droit de me quitter... Pourquoi vous gênez-vous? Il faut que j'attende dans votre alcôve qu'une autre entre pour en sortir; peut-être même après me continuerez-vous vos bonnes grâces; mais je ne veux les restes de personne, je ne veux pas qu'on me vole une pensée. Vous me volez, depuis quelques jours, en partageant avec une autre votre amour; vous avez le droit de me le reprendre, mais en me prévenant. Vous savez bien, je vous l'ai déjà prouvé, que je ne m'imposerai pas à vous, que je ne ferai obstacle à rien. Pourquoi ne pas être franc? Doutiez-vous de mon courage? Est-ce pour me ménager? l'idée n'est pas heureuse. Les coups à la tête guérissent vite. Voyons, parlez-moi donc.
—Je ne sais qui vous voyez et qui vous monte ainsi l'imagination, ma pauvre Céleste; vous n'êtes pas raisonnable. Vous connaissez ma position, ma fortune, ma famille; vous ne comprenez rien aux exigences du monde... Je cède aux désirs de mes parents, de qui le vœu le plus cher serait de me voir établi. Je ne vous avais pas parlé de ces nouveaux projets, parce qu'ils pouvaient manquer et que je reculais à l'idée de vous faire de la peine inutilement; j'avais la présomption de croire que ce coup vous irait au cœur; si j'eusse pensé qu'il ne troublât que votre tête, je vous aurais tout dit le premier jour.
—Ah! si on pouvait noyer les filles avec qui on a vécu, cela serait plus facile, on n'aurait pas d'explication à donner.
—Vous vous êtes permis de lire des lettres que vous ne deviez pas regarder... Vous oubliez trop qui vous êtes, Céleste; ne me faites pas regretter ce que j'ai fait pour vous. Votre cœur est bon, mais votre manque d'éducation vous fait faire et dire des choses inconvenantes. Une autre fois, sachez que les lettres qui ne vous sont pas adressées sont sacrées, et que, fussent-elles à votre disposition, vous devez les respecter... J'ai vos meubles chez moi: si je me marie, je vous les payerai; je vous donnerai vingt mille francs. Vous avez peur de l'avenir, ce sera un petit commencement de fortune... Nous ne nous verrons plus, mais je vous promets de garder un bon souvenir de vous.
La nuit s'était passée; je mis mon manteau pour partir.
—Vous ne me donnez pas la main, Céleste?
—Si.
La sienne était glacée... Comme moi, il avait tout le sang au cœur.
Parler si souvent de larmes est fatigant; mais c'est qu'on en a beaucoup quand on souffre... Je pleurais encore à midi, quand on m'apporta une lettre et un paquet; il contenait les quelques objets laissés par moi chez Robert... la lettre n'avait que deux lignes:
«Dès que je recevrai un peu d'argent, je vous en enverrai. De loin, comme de près, je veillerai sur vous.