On commençait un quadrille: je fus me placer à l'autre bout de la salle; nous avions fait une figure et nous attendions que notre tour revînt, quand j'entendis prononcer mon nom très-haut.
—Tenez, voilà Mogador! regardez comme elle est belle!
—Vous trouvez? dit une autre voix; je ne comprends pas qu'on trouve cette femme-là belle. C'est mon antipathie.
Je fis un petit mouvement pour voir celui qui m'arrangeait ainsi; c'était le plus joli garçon qu'il fût possible de voir.
—Enfin, disait celui qui avait parlé le premier, tu ne peux pas lui ôter ce qu'elle a. Elle te déplaît, cela ne l'empêche pas d'avoir de beaux bras, une jolie taille, d'être grande, bien faite, d'avoir de beaux cheveux, de jolis yeux et les dents blanches comme un jeune chien.
—C'est possible, reprit mon détracteur, je ne l'ai pas regardée.
—Tu es difficile.
Si au moins j'avais pu lui rendre la pareille, à ce bel indifférent! cela m'aurait fait plaisir de le trouver laid; mais, en conscience, il n'y avait pas moyen.
La seule chose qu'on pût dire de lui, c'est qu'il était trop beau pour un homme. Après tout, me disais-je, les gens sont libres; mais c'est égal, si peu coquette qu'on soit, on est vexé de savoir qu'il y a quelqu'un qui vous trouve affreuse sans avoir pris la peine de vous regarder; aussi, la contredanse finie, fis-je courir Victorine en tous sens.
Quand j'eus retrouvé mes jeunes gens, je repassai dix fois devant eux; je faisais la roue comme un paon. J'aurais voulu que mon ennemi me regardât; mais je perdis ma peine, il ne fit pas attention à moi; il semblait tout occupé d'une femme qui n'était pas jolie du tout.