—Oh! vous voyez, vous n'êtes pas franche, vous gardez une arrière-pensée.

—Non, non, faites comme je dis, ou je n'y vais pas.

—Dès que c'est un ordre, j'obéirai. Adieu.

Le lendemain, à neuf heures, j'étais à l'hospice avec mon petit paquet. J'habillai ma filleule à qui tout était trop grand. Je fus obligée de faire des pinces à son petit bonnet. En entrant à l'église, mon cœur se serra. On célébrait un beau mariage; je pensai à Robert, et deux larmes tombèrent de mes yeux sur le front de la petite fille que je tenais dans mes bras. Je les essuyai. Cette première goutte d'eau tombée sur la tête de ce petit ange avant le baptême était impure. Je montrai la place au prêtre, qui l'essuya avec l'huile sainte.

Quand il me dit que mon devoir était de lui servir de mère si elle devenait orpheline, je le promis; je lui donnai le nom de Solange en souvenir du Berri, le mien pour qu'elle se souvînt de moi. En sortant de l'église, je la serrai sur mon cœur. J'avais envie de me sauver avec elle; il me semblait qu'elle était à moi. Je pensai à sa mère qui l'attendait et je pris le chemin de l'hospice; je la remis à regret dans son berceau. Il fallait s'occuper d'une nourrice; je me chargeai de ce soin. Je ne revins la voir que le surlendemain.

Robert avait bien pris son parti; il n'avait pas cherché à me voir. Je n'avais pas cherché à le rencontrer non plus, mais je souffrais.

Je trouvai Caroline pâle, les yeux hagards; quand elle me vit, elle se dressa et me dit.

—Avez-vous une nourrice?

—Oui, elle viendra demain.

—Oh! madame, ce n'est pas demain qu'il faut qu'elle vienne, mais aujourd'hui. La mortalité est dans cette salle; depuis que vous êtes venue, il est mort cinq femmes et quatre enfants. Voyez, en face, en voilà encore une qui sera morte aujourd'hui. J'ai peur; je vous en supplie, emmenez mon enfant.