Je crus que la fièvre de lait lui montait au cerveau.

—Soyez tranquille, ne vous tourmentez pas, il n'y a pas de danger, demain n'est pas loin.

—Mais regardez donc en face, madame.

Et elle retomba en arrière. Je traversai la salle et, en effet, je vis quelque chose d'affreux; une jeune femme, qui pouvait avoir vingt-deux ans, tenait dans ses bras un petit enfant nouveau-né. Elle cherchait à lui faire prendre le sein, qu'il refusait. Elle était blonde, la peau de sa poitrine était blanche, sa figure était violette; elle souffrait apparemment beaucoup; elle criait, se tordait. Je tournai la tête. J'arrêtai une fille de salle qui faisait son service et je lui demandai ce que cela voulait dire. Elle leva les yeux au ciel sans me répondre.

—Tenez, lui dis-je en lui glissant cinq francs dans la main, ayez bien soin de cette femme qui est là.

—Ah! c'est vous qui êtes la marraine de sa fille? emmenez-la de suite. Si vous pouviez emmener la mère! mais il ne faut pas y compter.

Elle me quitta pour donner des soins à la malade.

—Vous avez vu? me dit Caroline.

—Oui, mais c'est une maladie personnelle.

—Non, madame, non, c'est quelque chose d'extraordinaire: emmenez ma fille, puisque vous me l'avez promis. Aussitôt qu'on pourra me mettre dans une voiture, j'irai chez vous.