LVI
LES PRESSENTIMENTS.
«Mon pauvre Robert, je reçois de toi une lettre si triste, je me sens en ce moment si désespérée, si coupable, qu’il me paraît impossible de trouver des paroles pour t’exprimer mes regrets, ma souffrance, mon repentir.
»Mes larmes sont bien amères, mais que peuvent des larmes, que peuvent des sanglots pour celui qui est la cause de ses propres douleurs?
»Tu me dis ne pas avoir reçu de lettres de moi, on les aura prises, interceptées comme étant indignes de toi.
»C’est la sixième lettre bien longue que je t’écris; l’idée que tu me crois oublieuse me désespère, un souvenir t’aurait fait tant de bien!
»L’épreuve est au-dessus de mes forces, vois-tu, et je deviendrai folle si tout m’accable ainsi sans relâche.
»Tu m’accuses sans cesse d’ingratitude, moi qui ne vis que pour toi et par ton souvenir! moi qui n’ai pas une pensée qui ne me ramène à toi!
»Ah! si tu me crois aussi indigne, tu dois être bien malheureux.
»Mais non, ton cœur doit démentir ces paroles dictées par une imagination ardente et souvent injuste.