Peu de jours après, je gagnai un procès qui, sans être d’une grande importance, devait avoir de l’influence sur le gain des autres.
Pour que personne n’ignorât ce triomphe sur mes adversaires, je donnai une soirée, et puis je n’étais pas fâchée de montrer le dessin fait par l’auteur des Enrôlés volontaires.
Mon portrait eut un grand succès, et son auteur reçut force compliments.
Parmi les souvenirs que j’ai gardés des quelques personnes réunies chez moi ce soir-là, vient naturellement se placer en première ligne Alexandre Dumas fils.
Ce n’était point encore le Molière de notre époque, mais il était le fils de son père, et son nom faisait retourner toutes les têtes.
Il était d’un caractère froid, son esprit était sceptique, profond, quelquefois méchant; mais s’il vous disait une chose gracieuse, s’il vous adressait un compliment, on pouvait y croire, car il n’était pas banal et ne jetait pas ses éloges aux vents.
Il avait assisté à la première représentation de la Revue de 1852, et avait dit à plusieurs personnes en parlant de moi:
—Elle a chanté, joué, dit à merveille; si elle veut travailler, elle aura un véritable talent. Peut-être lui ferai-je un rôle.
A cette époque critique de ma vie, cet encouragement était pour moi d’une grande importance.
Je savais qu’il s’adressait de l’auteur à l’artiste, ma qualité de femme n’y entrait pour rien.